Contrats de dette et comportements des emprunteurs dans le secteur de la microfinance
Résumé
La massification des faillites des établissements de microfinance, particulièrement ceux de deuxième catégorie au Cameroun, dont le coût pour les épargnants est estimé pour la période allant de 2002 à 2014 à 45.5 milliards de FCFA, nous a amené à nous s’interroger sur le lien entre les contrats de dettes et les comportements des emprunteurs lors du remboursement. De ce fait, l’objectif de cette thèse est de montrer comment les éléments constitutifs d’un contrat de dettes permettent de déterminer les comportements des emprunteurs. La plupart des études théoriques et empiriques se sont intéressés uniquement aux facteurs qui expliquent les taux de remboursement tout en considérant deux options essentielles : le remboursement total et le défaut. Ils excluent de leurs champs d’étude la possibilité de remboursement avec retard et/ou paiement de pénalité. Pourtant celui-ci demeure un phénomène majeur dans les IMF. La démarche empirique adoptée est basée sur le modèle Probit bivarié censuré qu’utilisent Boyes et al. (1989), pour déterminer les probabilités de défaut. Leur méthode est basée sur le travail de Poirier (1980) qui considère le problème de choix de l'échantillon comme un cas d'inobservabilité partielle. La consultation des informations sur les dossiers de crédits et les fiches de suivi des crédits des emprunteurs rassemblées à travers les éléments caractéristiques de chaque contrat et les performances de remboursement nous a permis d’élaborer une base des données constituée de 1805 contrats de prêts individuels et de 342 contrats de prêts collectifs accordés sur une période allant de 2007 à 2014 dans les différentes agences du Crédit Communautaire d’Afrique (CCA). Le fait majeur observé est celui de la pré-défaillance des emprunteurs caractérisée par un comportement de remboursement avec retard et/ou avec paiement de pénalité. Notre modèle permet de prédire et avec succès le fait d'être un emprunteur pré-défaillant de 70,75%, alors qu'être un emprunteur non pré-défaillant sera prédit avec succès à 69,54%. Les résultats montrent également que le modèle permet de classer correctement 70.09% des observations de l'échantillon. Concernant les contrats individuels, il ressort que les emprunteurs (es) marié(es), ayant bénéficié de plusieurs prêts, dont le lieu de travail et/ou du domicile sont connus par le prêteur et qui sollicitent un prêt pour une nouvelle activité accusent moins de retard de paiement. De même, le taux d’intérêt élevé et l’exigence de la garantie pour tout prêt sont de nature à contraindre le remboursement effectif et total des prêts. Pour les contrats collectifs, nos résultats montrent que le secteur d’activité, la nature du projet (nouveau ou ancien) et le facteur présence des autres IMF dans la zone ont un effet significatif sur la diminution du risque de pré-défaillance. De même, l’on note que les taux d’intérêt appliqués aux prêts collectifs et le rationnement du prêt augmentent de manière significative la potentialité de la défaillance du collectif.
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