Situations parasitologique et entomologique du paludisme dans les localités de Mfou (Centre) et Tibati (Adamaoua), Cameroun
Résumé
Introduction : Depuis l’adhésion du Cameroun à l’initiative Mondiale ‘‘Roll Back Malaria’’ il y a deux décennies, des progrès remarquables ont été accomplis dans la lutte contre le paludisme. Toutefois, la propagation de la résistance des vecteurs aux insecticides et des parasites aux médicaments antipaludiques, demeurent un frein au contrôle de la maladie. Dans une perspective d’optimisation des stratégies de lutte, nous avons étudié le profil épidémiologique du paludisme dans deux contextes différents du Cameroun.n Matériel et méthodes : Deux enquêtes transversales (entomologiques et parasitologiques) ont été réalisées en 2018 et 2019 dans 13 et 9 quartiers/villages de Mfou et Tibati, respectivement. Un diagnostic du paludisme a été fait par les tests de diagnostic rapide (TDR) et la microscopie à partir du sang prélévé au bout du doigt de chaque participant. L’identification moléculaire des espèces de Plasmodium et l’étude du polymorphisme des gènes associés à la diversité génétique (MSP2) et à la résistance aux antipaludiques (Pfcrt, Pfmdr1, Pfdhr et Pfdhps) ont été faites par PCR à partir du sang déposé sur papier buvard. Les anophèles collectés par approche humaine de 18h à 9h dans les ménages, ont été identifiés morphologiquement et leurs tracheoles ovariennes ont été disséquées pour la détermination du taux de parturité. L’identification moléculaire des espèces anophéliennes et la détermination du taux d’infection de celles-ci ont été faites par PCR. Les tests en tubes de sensibilité aux insecticides ont été effectués sur les souches locales d’anophèles. Résultats : Le paludisme sévissait à l'état hyper-endemique (Indice Plasmodique > 50 %) dans les deux localités et Plasmodium falciparum était responsable à plus de 96% des infections. Plus de 60% des personnes avaient des infections polyclonales et la multiplicité de l’infection était de 2,07 et 1,80 à Mfou et Tibati, respectivement. La fréquence de l’allèle Pfcrt K76 (chloroquino-sensible) était proche de 80% et celles des allèles Pfdhfr (51I, 59R, 108N) et Pfdhps (437G) associés à la résistance à la Sulphadoxine-Pyriméthamine (SP) étaient pratiquement de 100% dans les deux localités. An. gambiae, An. coluzzii, An. funestus, An leesoni, An. moucheti, An. nili, An. ziemanni, An.paludis et An.phaorensis ont été identifiés. Le taux d’inoculation entomologique (TIE) était de 0,54 et 0,15 piqûres infectantes/homme/nuit à Mfou et à Tibati, respectivemnt. Les espèces An. gambiae s.l. et An. funestus étaient plus agressives après minuit avec des pics survenant à l’aube (4-5h du matin). Ces vecteurs étaient résistants à plusieurs classes d’insecticides avec une forte intensité de la résistance aux pyréthrinoïdes dans les deux localités. Conclusion : cette étude présente une hyper-endémicité du paludisme et une grande diversité des souches de Plasmodium. Une réémergence des isolats chloroquino-sensibles, une résistance élévée des parasites à la SP et des vecteurs aux insecticides ont été observées dans les deux localités d’étude. Les données générées dans ce travail pourraient contribuer à l’optimisation des outils de lutte contre le paludisme.
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