Regularity and Variance in the Arabic-French Translation Discourse
Résumé
La thèse intitulée « Régularité et variance dans le discours traduisant arabe-français : étude syntactico-sémantique et pragmatique des verbes voir et regarder» se propose de répondre à la question de savoir ce qui unit réellement l’élaboration du sens de vocables dans deux langues en contact via la traduction et ce qui pourrait les départager. Ainsi, elle part de l’examen du comportement syntactico-sémantique des deux verbes susmentionnés vers une analyse pragmatique de leurs emplois traduisants respectifs et ce à partir d’un corpus compilatif français regroupant six traductions différentes du Coran. La mise en comparaison des discours traduisants est censée permettre l’introduction de la composante sémantique comme élément fondamental à l’étude contrastive des deux langues et notamment à l’enrichissement de la langue d’accueil. L’hypothèse principale consiste à postuler que le choix d’une unité linguistique en discours d’accueil est le résultat de trois facteurs essentiels : (a) son statut syntactico-sémantique dans la langue de départ, (b) les contraintes morphosyntaxiques et logico-sémantiques de la langue d’accueil (c) ainsi que les composantes du contexte d’énonciation, lequel regroupe les attitudes traductologiques du traducteur, sa stratégie discursive, ses rapports avec son lecteur, etc. Notre démarche tente de déceler le mode d’articulation de ces trois fonctionnalités à l’intérieur du discours traduisant, c’est-à-dire de retracer les emplois où elles alternent et les endroits où elles se trouvent associées (totalement ou en partie) à des degrés divers. De fait, la recherche est répartie en trois parties. La première comporte une introduction de la problématique, de la démarche suivie ainsi que les présupposés théoriques mises à l’œuvre dans l’analyse, en l’occurrence la théorie des classes d’objets (M. Gross (1981) et G. Gross (1994)) et la pragma-stylistique (A. Jaubert (1990)). La seconde partie ayant pour objet l’analyse syntaxique et sémantique du corpus considéré à partir de la théorie des classes d’objets se solde par la formulation des règles à la base de l’emploi systématique, en langue cible, de la même forme prédicative équivalente (voir pour raâ et regarder pour nadhara) auprès de tous les traducteurs. Quant à la troisième partie, elle décline notre examen des emplois divergents des six traducteurs à la lumière de la pragmatique intégrée (J-C. Anscombre, et O. Ducrot (1997)) et de la stylistique pragmatique (A. Jaubert, op. cit.). Les formes traduisantes différenciées du même verbe de départ sont imputées aux données relatives à la subjectivité des méta-énonciateurs ; c’est-à-dire non pas à la composante codique - qui est de nature purement linguistique et que se partagent mutuellement et équitablement tous les traducteurs - mais aux facteurs énonciatifs conditionnant la production des énoncés traduisants. Résultats : 1-l’analyse sémantaxique visant la recherche de régularités révèle que le recours de manière systématique à voir en traduction de raâ (lit. voir) dans toutes les traductions est tributaire de deux caractéristiques syntactico-sémantiques du verbe : son emploi déictique et sa valeur générique. Pour ce qui est de regarder, c’est ce que nous convenons d’appeler le « regard-seuil » qui est à la base de son emploi unanime. 2- Ce que démontre l’étude pragmatique approfondie des variables traductionnels des deux verbes de l’arabe, c’est qu’une forme signifiante (y) reprise systématiquement auprès de plusieurs traducteurs en langue cible pour rendre la même entité (x) de langue source n’en implique pas forcément un emploi identique. L’équivalence n’est qu’apparente voire trompeuse ; car le même équivalent est communiqué différemment. Aussi l’analyse pragmatique a-t-elle permis de conclure à l’évanescence de la notion d’« équivalence littérale» tant consommée en traduction et l’inscription de ce que nous avons nommé « des poly-subjectivèmes » sous-tendant des équivalences apparemment similaires».
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