DYNAMIQUE SPATIO-TEMPORELLE DES FORMATIONS VEGETALES EN CASAMANCE
Résumé
La succession d’années sèches durant la période 1960 ‐ 1990 a eu un impact important sur le couvert végétal en Casamance. Or la végétation est l’une des ressources majeures pour les différentes activités en milieu rural qu’elles soient agricoles ou pastorales. Durant les années de sécheresse prononcée, la végétation a subi des pertes très importantes et les sociétés agropastorales ont été contraintes de s’adapter dans l’urgence à la fréquence des années sèches. Cependant, depuis les années 1990, on assiste à un renversement de situation. Cette nouvelle phase est marquée par une reprise des précipitations qui, d’après la littérature se traduirait par un certain « reverdissement » du Sahel (Descroix et al 2020, Descroix et al 2015 ; San Emeterio et al 2019 ; San Emeterio et al 2018 ; Dardel et al 2014 ; Toulouse et Lacaze, 2010 ; Olsson et al 2005 ; Anyamba et Tucker, 2005 ; Hermann et al 2005). Devant une telle situation, l’étude des dynamiques des formations végétales de la Casamance devient pertinente pour une gestion durable des ressources forestières. L’objectif principal de cette thèse est de comprendre comment les formations végétales de la Casamance, sous l’emprise du changement climatique et des pratiques anthropiques, ont évolué ces dernières décennies. Cette problématique a été étudiée selon une approche multiscalaire (régionale et locale) pour comprendre les processus en cours. Ces connaissances pourraient servir à une meilleure gestion de l’environnement et protéger la biodiversité. Pour se faire, la démarche méthodologique d’analyse élaborée comporte deux volets : 1) un travail de cartographie par télédétection basé sur le traitement d’images satellites, et 2) des analyses géo‐textuelles basées sur la lexicométrie à partir d’entretiens semi‐directifs. Les résultats de cette thèse indiquent une progression de la végétation de terre ferme à l’échelle régionale de 40% soit 288 902 hectares et celle de mangrove de 30% soit 31 459 hectares entre 2000 et 2021. Cette progression de la végétation a aussi été confirmée par la cartographie effectuée à partir de l’évolution du NDVI sur une période comprise entre 1982 et 2015 où 72,5% des pixels montrent une tendance positive significative. On parle alors de reverdissement de la Casamance. Cette tendance est liée au retour des pluies annuelles autour de leur moyenne, et la régénération naturelle des arbres, mais doit aussi localement, beaucoup à des progrès de la gouvernance de la gestion des ressources naturelles. En revanche, des tendances négatives ont également été observées localement qui sont contraires à la relation précipitations-végétation et donc hypothétiquement à un changement induit par l’homme. En effet, cette couverture végétale a bien résisté aux conditions de péjoration de la pluviosité des années 1970 aux années 1990, dont les conséquences ne se sont pas traduites par des bouleversements importants. En parallèle, il ressort de nos analyses que les changements socio-démographiques enregistrés dans la région, associés à une évolution des pratiques agropastorales (extension des surfaces agricoles par des défrichements, conversion des vergers d’anacardiers, utilisation du bois, surpâturage, etc.) constituent, en certains lieux, une pression sur les ressources naturelles. Cette pression a localement opéré des modifications importantes sur la structure et la composition floristique de la couverture végétale comme c’est le cas dans le sud du département de Bignona (Kafountine) et à Sédhiou dans le village de Marakissa. Le recours à des analyses géo-textométriques du discours des personnes rencontrées a permis de mettre en évidence l’opposition « Usagers-Gérants ». L’analyse de ces deux types de discours a montré que l’implication des acteurs locaux est indispensable à la réussite de projets de replantation et de sauvegarde du patrimoine forestier de chaque village. Néanmoins les générations futures ont une représentation de leur environnement qui intègre les préoccupations environnementales, donc plus favorables à sa préservation. Mots clés : Formations végétales, Dynamique, Dégradation, indice de végétation par différence normalisée ; Reverdissement ; Précipitations ; Télédétection, Perception ; Casamance.
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