Entrée précoce en vie féconde au Bénin : Tendances, Facteurs explicatifs et Changements dans le temps
Résumé
La primo maternité précoce est un obstacle pour le bien-être de l’adolescente. Une maternité précoce et / ou non désirée, reflète un échec ou l’insuffisance des politiques publiques à créer un environnement sûr susceptible d’aider les jeunes filles à atteindre l’âge adulte avec une éducation et des perspectives pour l’avenir. C’est pourquoi, la lutte contre les grossesses précoces figure parmi les objectifs prioritaires de développement durable, particulièrement, en Santé de la Reproduction des Adolescents et des Jeunes (SRAJ). La lutte contre la grossesse ainsi que la fécondité avant 18 ans connaît à cet effet, des investissements et des actions/programmes remarquables qui sont mis en œuvre au Bénin depuis 1990. Se référant aux changements continuels de l’environnement socio-culturel (scolarisation, disponibilité et accessibilité aux services de santé sexuelle et de la reproduction, urbanisation, modernisation, réduction des inégalités de genre etc.) et économique, susceptibles d’être induits par ces efforts de promotion de la SRAJ, il est attendu un recul de la fréquence des grossesses précoces. Paradoxalement, les données successivement produites par les Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) du Bénin indiquent la persistance du phénomène, ce qui fonde cette thèse sur l’analyse des facteurs explicatifs de l’Entrée Précoce en Vie Féconde (EPFV) et des changements au fil du temps. La présente thèse vise à appréhender les changements et la permanence des facteurs explicatifs de l’entrée précoce en vie féconde au Bénin entre 1996 et 2017. Trois EDS (éditions : 1996, 2006 et 2017) ont été exploitées à cet effet. Ces données ont été renforcées par une enquête qualitative complémentaire spécifiquement réalisée pour approfondir et mieux discuter des résultats chiffrés obtenus avec les données des EDS. La population étudiée est celle des adolescentes et jeunes filles qui avaient entre 18 et 24 ans révolus au moment de chaque enquête. La régression logistique binaire et l’analyse de contenu (pour le volet qualitatif) ont été mises à contribution pour l’analyse des données. Pour les trois périodes d’enquête étudiées, les proportions des adolescentes et jeunes qui étaient en vie féconde avant 18 ans étaient de : 53,6 %, IC à 95 % [50,5 - 56,7] ; 55,5 % IC à 95 % [53,6 - 57,4] et 58,1 % IC à 95 % [56,2 - 60,0] respectivement en 1996, 2006 et 2017. L’analyse de cette tendance montre une situation ascendante sur la période de référence : soit une hausse non significative de 3,5 % (p=0,301) entre 1996 et 2006, une hausse significative de 4,7 % (p=0,052) entre 2006 et 2017 puis un accroissement significatif de 8,4 % (p=0,012) entre 1996 et 2017. Les résultats de l’analyse géo spatiale ont révélé que, dans la région septentrionale et du centre du pays, les départements de l’Alibori, de l’Atacora, du Borgou et des Collines pour les périodes d’enquête 2006 et 2017 ont enregistré des prévalences supérieures aux moyennes nationales : soit respectivement : 60,0 % et 67,5 % pour l’Alibori ; 81,6 % et 61,5 % pour l’Atacora ; 67,6 % et 63,9 % pour le Borgou puis 57,1 % et 60,3 % pour les Collines. Dans les autres départements, un qui avait une prévalence en dessous de la moyenne nationale en 2006 a enregistré en 2017, une prévalence supérieure à celle de 2006. Il s’agit du Mono (52,4 % en 2006 et 63,4 % en 2017), avec un taux d’accroissement non significatif de 21,1 % (p=0,091) entre les deux périodes d’enquête. Concernant les facteurs explicatifs, deux facteurs se sont constamment révélés significatifs quelle que soit la période d’enquête. Il s’agit de la cohorte de naissance et de l’âge au premier rapport sexuel. Le niveau d’instruction, le niveau de vie du ménage et la pratique contraceptive se sont révélés importants dans l’explication de l’EPVF à partir de 2006 pour les deux premiers et 2017 pour le troisième facteur. Ainsi, considérant l’instruction, le niveau secondaire ou supérieur s’est particulièrement illustré comme nécessaire pour des changements en faveur d’une entrée tardive en vie féconde. Dès lors, l’éducation scolaire et celle de la santé sexuelle et reproductive ont été suggérées comme secteurs clés à promouvoir pour réduire l’entrée précoce en vie féconde qui est favorisée par une précocité de l’activité sexuelle, un faible recours aux moyens préventifs ainsi que des conditions socioéconomiques précaires. En termes d’implications sociales et politiques, le renforcement et/ou la réorientation des interventions relatives à la SRAJ en cours au Bénin sont nécessaires pour contribuer efficacement à la baisse de la prévalence de l’entrée précoce en vie féconde en général, et, parmi les scolaires en particulier. Des approches holistiques répondant aux besoins et préférences des adolescents et jeunes sont également à prioriser. Dans cette perspective, ce travail débouche sur l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet de recherche action intitulé ‟Effet de l'Education Complète à la Sexualité (ECS) sur l’entrée précoce en vie féconde chez les adolescents au Bénin : Etude quasi-expérimentale en milieu scolaire ”. Il vise d’une part à documenter l’effet de l’ECS sur l’EPVF et d’autre part, permettre aux bénéficiaires de disposer des connaissances et aptitudes nécessaires pour la prise de décisions éclairées concernant leur santé sexuelle et reproductive.
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