Analyse épidémio-génétique de la fonction rénale chez les personnes d’Afrique sub-Saharienne vivant avec le VIH
Résumé
Près de 500 millions de personnes dans le monde souffrent de maladies rénales chroniques (MRC) et environ 80% d’entre eux résident dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sont exposées à un risque rénal accru en particulier en Afrique sub-Saharienne. Cette situation est probablement liée à une susceptibilité génétique conférée par des variants du gène de l’apolipoprotéine L1 (APOL1). Ces variants, dont la fréquence est élevée en Afrique et en particulier en Afrique de l’Ouest, ont été identifiés comme fortement impliqués dans la survenue de pathologies rénales graves rencontrées chez les PVVIH.Ce travail de thèse avait pour objectif d’améliorer les connaissances sur l’évolution à long terme de la fonction rénale chez des PVVIH d’Afrique subsaharienne traités contre l’infection à VIH et sur le risque de complications rénales associé aux variants génétiques de APOL1. Nous avons analysé les données médicales et génétiques de plusieurs cohortes de PVVIH suivies dans différentes structures sanitaires d’Afrique de l’Ouest et du Centre.Les prévalences et incidences de la MRC observées dans les différentes cohortes et estimées selon les recommandations du Kidney Disease Outcomes Quality Initiative sont faibles à modérées et contrastent avec les observations faites dans certains pays de la région avec des prévalences atteignant 30%.Les fréquences des 2 variants à risque du gène APOL1 sont également plus faibles qu’attendues, avec seulement 3 à 5% de porteurs du génotype à haut risque. L’observation de fréquences plus élevées en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique Centrale est cependant confirmée.En raison du faible nombre de porteurs du génotype à haut risque et des faibles prévalences de MRC, nous n’avons pas pu mettre en évidence un effet significatif des variants de APOL1 sur le risque de complications rénales.En revanche, nos travaux confirment le rôle des facteurs de risque connus tels que l’âge, l’immunodépression, l’hypertension artérielle et l’exposition au Ténofovir Disoproxil Fumarate. Et ces observations nous ont conduits à évaluer les performances d’un score prédictif de la MRC initialement développé pour les PVVIH occidentaux. Nous montrons qu’il peut être utilisé en Afrique sub-saharienne pour identifier les personnes à risque de développer une MRC et leur proposer un suivi et une prise en charge adaptés.Ces travaux apportent des éléments rassurants quant à la santé rénale des PVVIH d’Afrique de l’Ouest suivis et traités pour leur infection VIH. Cependant, au regard des difficultés de prise en charge des maladies rénales sévères, la mise en place de stratégies de dépistage et de prévention doit constituer une priorité de santé publique.
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