Critique de la communication scientifique en Afrique francophone subsaharienne
Résumé
Cette thèse examine dans quelle mesure la science ouverte peut contribuer à sortir de l’invisibilité la production scientifique d’Afrique subsaharienne francophone, en l’inscrivant dans l’histoire longue des transformations de la communication savante et dans les recompositions contemporaines liées au numérique. Elle met en regard un écosystème mondial désormais structuré par l’Open Access, les métriques et la plateformisation, et une réalité africaine marquée par des héritages coloniaux, un sous‑financement chronique et des déficits d’infrastructures qui entravent la circulation des savoirs. Pour passer du constat à l’action, une recherche‑action a été conduite à l’Université de Lomé (Togo), dans le cadre d’une cotutelle internationale (Université de Toulon/IMSIC - Université de Lomé/CEROCE), combinant diagnostic, intervention et évaluation afin d’observer des effets concrets et durables sur les pratiques. Le protocole a d’abord documenté les pratiques de documentation, de publication et de publicisation ainsi que les représentations de la science ouverte. Il a ensuite déployé le dispositif « Ouvre Ta Recherche », structuré en trois ateliers complémentaires (accès à la documentation, publication/découvrabilité, (auto)publicisation), avant d’en évaluer les effets douze mois plus tard par questionnaire, focus group et entretiens auprès d’un panel de jeunes chercheurs. Les résultats confirment des difficultés d’accès aux ressources (coûts et offre locale limitée), qui conduisent à recourir massivement aux articles en libre accès et, lorsque nécessaire, à des plateformes alternatives comme Sci‑Hub ; ils révèlent aussi une faible mise en ligne de la littérature grise (thèses, mémoires) et des stratégies de publication orientées vers des revues internationales, souvent au détriment des revues locales. Le plan d’action a toutefois renforcé la publicisation via les réseaux sociaux numériques et accéléré l’adoption d’ORCID, améliorant l’identité numérique et la découvrabilité des travaux. Si la perception du libre accès est très positive, son adoption demeure freinée par des obstacles structurels, notamment l’absence de soutiens et recommandations institutionnels explicites. Au‑delà des effets observés, la thèse plaide pour une tropicalisation du libre accès : plutôt qu’une transposition mécanique de modèles venus du Nord, il s’agit d’adapter l’ouverture aux réalités socio‑économiques locales, de renforcer les infrastructures et les compétences, de valoriser la bibliodiversité (formats et langues) et de soutenir des dispositifs frugaux et gouvernés localement. Elle propose, ce faisant, d’envisager l’écosystème africain de communication scientifique comme un Commun, animé par des règles d’accès et d’usage équitables, des métriques pluralisées et des politiques publiques stabilisées, afin de conjuguer visibilité, justice cognitive et souveraineté informationnelle.
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