Agriculture de conservation et moyens d'existence des exploitations agricoles. Cas du Moyen Ouest de Madagascar
Résumé
L’innovation est un champ de recherche à l’interface de multiples disciplines scientifiques et est appliquée à des domaines empiriques comme l’agriculture. L’agriculture de conservation (AC) est innovation technique conciliant trois principes fondamentaux qui sont : (i) le non labour du sol ; (ii) le maintien en permanence d’une couverture végétale morte (mulch) ou vivante ; (iii) la rotation culturale (FAO, 2017). Elle a été promue en Afrique sub-Saharienne pour résoudre les problèmes de dégradation du sol. Les recherches sur l’innovation utilisent des approches et concepts marquées par les approches diffusionnistes durant le XXème siècle puis renouvelées par des approches évolutionnistes à partir des années 1980. Malgré le rôle important des innovations agricoles dans le développement des moyens d'existence des exploitations agricoles, ces approches classiques d’analyse de l’innovation s’y intéressaient peu. Dans cette optique, cette thèse propose d’analyser des processus d’innovation selon une approche « livelihood » en mobilisant le cadre « Sustainable Rural Livelihood » (SRL), connu pour ses capacités à apporter une meilleure compréhension des conditions de vie des ruraux. Elle s’interroge spécifiquement sur les apports du cadre SRL dans l’analyse des comportements d’adoption de l’AC à l’échelle de l’exploitation. L’étude a été menée dans le Moyen-Ouest de la région du Vakinankaratra à Madagascar et se focalise particulièrement sur l’AC utilisant comme plante de couverture le stylosanthes. Des données primaires ont été produites : données quantitatives en 2015 pour mener une analyse statique ; des données qualitatives en 2017 pour une analyse dynamique rétrospective. L’étude empirique montre que le cadre SRL se limite à l’analyse statique des comportements d’adoption de l’innovation en facilitant l’identification des facteurs qui ont prévalu ces comportements aussi bien à l’échelle macro (nationale) que micro (exploitation agricole). Les approches classiques se prêtent mieux pour traiter l’aspect dynamique de l’analyse des processus d’innovation à l’échelle de l’exploitation. L’étude a également révélé que l’AC répond aux besoins d’amélioration des moyens d’existence des exploitations. Toutefois, la faiblesse des dotations en capital de ces exploitations et la pauvreté entravent l’adoption ou favorise l’abandon de celle-ci. Une reprise de l’adoption après abandon, un effet inattendu car l’existence n’a pas encore été démontrée empiriquement dans la littérature pour l’AC, a quand même eu lieu chez certaines exploitations grâce à leurs capacités d’innovations et d’adaptations aux contraintes. Approfondir la recherche sur cette pratique discontinue de l’AC serait une piste de recherche intéressante pour faciliter la transition vers l’AC pour les petites exploitations agricoles à Madagascar.
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