DYNAMIQUE DES FORMATIONS FORESTIÈRES DE LA HAUTE-CASAMANCE (SÉNÉGAL) DE 1965 A 2018, INCIDENCES SUR LES ACTIVITÉS AGRO-SYLVO-PASTORALES ET STRATÉGIES D’ADAPTATION
Résumé
Les paysages forestiers du Sud du Sénégal, particulièrement de la Haute-Casamance, font de plus en plus l’objet de déforestation. Il en résulte une forte tendance à leur "savanisation" et anthropisation, d’où la préoccupation majeure des autorités sénégalaises à prendre le problème en charge. Devant une telle situation, l’étude des dynamiques des formations forestières de la Haute-Casamance devient pertinente pour une gestion durable des ressources forestières. Cette étude vise à cartographier et à quantifier l’évolution des formations forestières entre 1965 et 2018, et à analyser les principaux déterminants des dynamiques et incidences sur les activités agro-sylvo-pastorales, la faune sauvage et la flore ligneuse. La démarche méthodologique s’appuie sur le traitement et l’analyse d’images aériennes (Corona 1965) et satellitaires [Landsat (TM 1987, ETM+ 1999, TM 2010 et OLI-TIRS 2018), Sentinel 2 (MSI 2018) et MODIS-NDVI (2000 à 2018)]. Elle se base également sur le traitement et l’analyse de données hydro-climatiques et sur la collecte de données sur le terrain (observations de terrain, levés de point GPS, enquêtes-ménages et perception des populations). Les résultats ont montré une savanisation et un développement important des surfaces agricoles. En effet, les formations forestières ont perdu 377 118,7 ha de leur superficie entre 1987 et 2018, soit un taux de déforestation de 62,04%. Les formations boisées et les surfaces agricoles ont augmenté respectivement de 263 172,4 ha (soit 19,1 %) et 147 178,2 ha (soit 10,7 %) durant la même période. Des tendances négatives significatives du NDVI ont indiqué une dégradation de la végétation le long de la frontière avec la Gambie, sur l’axe Pata-Ndorna, dans le centre de la zone d’étude et autour de Médina Gounass. Par contre, des tendances positives significatives (p<0,1) témoignent de la régénération dans le sud. Le pourcentage de tendance positive significative (au seuil de 10 %) est de 1,8 % ; celui négative significative est de 2,1 %. À l’échelle des forêts classées et des forêts aménagées, une grande variabilité selon le domaine, la position géographique et le gradient pluviométrique a été notée. Cette variabilité a permis de constater que les forêts classées sont beaucoup plus affectées par les actions anthropiques que celles aménagées. L’analyse des facteurs à l’origine des dynamiques a montré que l’homme, à travers les défrichements agricoles, les feux de brousse, la coupe abusive et illicite du bois pour diverses raisons, le peuplement, les modes d’utilisation des sols, et l’élevage extensif, est le principal facteur de la déforestation, de l’extension de la savane et de la fragmentation des paysages. Il a aussi par ailleurs, joué un rôle dans la régénération. De même, la variabilité des conditions hydro-climatiques a également joué un rôle dans la savanisation et la régénération. Cette présente dynamique ainsi que les facteurs explicatifs ont occasionné, entre autres, impacts sur les activités agro-sylvo-pastorales, l’érosion hydrique et l’ensablement des rizières, la baisse de la fertilité des sols cultivables et des rendements. Ils se traduisent également par la rareté des fruits sauvages, la réduction des zones de pâturages de plus en plus transformées en zones de culture, la diminution des fourrages en saison sèche et des espèces particulièrement appétées, le tarissement précoce des mares et la rareté voire la disparition de certaines espèces animales et végétales.
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