CARACTÉRISATION MOLÉCULAIRE DES MYCOBACTÉRIES NON TUBERCULEUSES À L'INTERFACE HOMME-ANIMAL-ENVIRONNEMENT ET TRANSMISSION DE L'ULCÈRE DE BURULI DANS LES ZONES ENDÉMIQUES DE CÔTE D'IVOIRE
Résumé
L'endémicité de l'ulcère de Buruli (UB), infection à mycobactérie non tuberculeuse (MNT), est la plus élevée en Côte d'Ivoire (39,6 % des nouveaux cas dans le monde en 2013). Des études épidémiologiques ont identifié la mycobactérie productrice de mycolactone (MPM), Mycobacterium ulcerans, comme agent pathogène et ont montré que les milieux aquatiques constituent la principale source de l'infection. Plusieurs réservoirs environnementaux sont suspectés dans la transmission à l'homme mais, le mode de transmission reste inconnu. Ainsi, en supposant que leur transmission dépendrait du chevauchement de leur habitat écologique et ceux de l’homme et des animaux, cette étude a eu pour but de caractériser les MNT, en particulier M. ulcerans et les autres MPM à l’interface homme-animal-environnement, afin d'élucider les possibles modes de transmission. Cette caractérisation a été réalisée aussi bien pour des environnements à risque incluant de potentiels réservoirs mais également des isolats de cas d’infection cliniques, au sein de cinq localités endémiques de l’UB. Il s’est agi de deux localités du Centre-ouest (Zaïbo, Gorodi) et de trois localités du Sud-est (Léléblé, Sokrogbo, Ahondo) de la Côte d'Ivoire. La collecte des échantillons a abouti à 195 matrices environnementales (biofilms, sols, détritus de plantes et filtrats d’eau) issues de 15 points d'eau couramment utilisés par les communautés ; 35 aspirations à l'aiguille fine et écouvillons de lésions chez 30 cas cliniques ; des échantillons d’organes et lésions provenant de 111 rongeurs piégés dont 8 présentant des lésions suspectes. Après extraction de l'ADN, un criblage utilisant le gène mycobacterial 16S rRNA et IS2404 est effectué pour la détection de Mycobacterium spp et des MPM, suivie par un typage VNTR (MIRU1, locus 6, ST1, locus 19) des isolats de MPM. La majorité des matrices environnementales (52,8 % pour 16S rRNA, 8,7 % pour IS2404) sont contaminés par les MPM avec pour la plupart les filtrats d’eau. Tous les loci VNTR n’ont pu être amplifiés avec ces échantillons mais, leur séquençage a identifié des isolats de M. ulcerans Agy99 et M. liflandii, au niveau des environnements contaminés. De potentiels réservoirs animaux sont également identifiés par la confirmation de lésions suspectes observées chez deux rongeurs (GP3a et ST1), appartenant à l’espèce Mastomys natalensis, avec 94 % et 98 % de similarité de séquences respectivement, pour la souche M. ulcerans Agy99. Par ailleurs, 94,3 % des 35 lésions des cas d’infection chez l’homme sont confirmés. Le typage VNTR de ces échantillons a identifié cinq génotypes de M. ulcerans notamment Q, R, S, T, U ; le profil Q correspondant au profil VNTR C de M. ulcerans précédemment décrit en Côte d’Ivoire et au Ghana. Ces résultats mettent en évidence la présence des MNT au sein des localités étudiées et suggère le rôle de l'environnement dans leur diffusion incluant les petits mammifères comme sources d’infection. Un nouveau typage VNTR des isolats issus de l’environnement, des cas d’infection chez l’homme et les animaux, permettrait donc de retracer précisément la source de l’infection aux MNT chez l’homme. Sur cette base, les modes possibles de transmission pourraient alors être élucidées afin de promouvoir des politiques de contrôle plus adaptées au sein des communautés affectées par la maladie.
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