Santé sexuelle et reproductive des adolescentes et jeunes femmes au Burkina Faso : rôle de l’autonomie reproductive
Résumé
Bien que la recherche fournisse des arguments convaincants en faveur de l'importance de l'autonomisation des femmes sur les résultats en matière de santé de la reproduction (SR), certains résultats ont montré que cette relation était sensible à la manière dont l'autonomisation ou l'agentivité ou leurs diverses composantes étaient conceptualisées et mesurées. En effet, l’éventail des mesures de l’empowerment dans les différents contextes, allant des indicateurs généraux liés au niveau d'éducation, les actifs financiers ou l’emploi aux mesures de l’autonomie décisionnelle héritées des pays de l’Asie et qui se révèlent parfois inopérantes pour le contexte africain, souligne l'absence d'un cadre unifié et adapté guidant la recherche dans ce domaine. L’absence d'un cadre conceptuel complet pour l'autonomisation des femmes en particulier, empêche de comprendre clairement son importance sur les résultats en matière de SR. La plupart des modèles utilisés sont limités dans l’explication de la manière dont le modèle d'autonomisation se rapporte à des domaines spécifiques de la vie, notamment les décisions, les actions et les résultats en matière de sexualité et de fécondité. Cette situation reflète aussi l'incapacité à traiter l'autonomisation en matière de SR comme un processus à part entière qui reflète et influence les autres processus impliqués dans l'autonomisation globale. La littérature est restée par conséquent limitée dans sa capacité à explorer pleinement la façon dont l'autonomisation est liée aux résultats en matière de SR. De plus, ce constat souligne aussi certaines faiblesses opérationnelles dans la littérature sur sa mesure mettant en exergue les spécificités contextuelles de l’autonomisation surtout pour les régions de l’Afrique Subsaharienne. Ainsi quel que soit l'intérêt porté à l'autonomisation, l'articulation de ses différentes dimensions dans les contextes locaux demeure une des priorités de la recherche et des politiques mondiales. L’objectif général de cette recherche doctorale est de contribuer à la compréhension des liens entre l’autonomie des jeunes femmes et leur santé sexuelle et reproductive notamment l’utilisation de la contraception moderne et la réduction des risques liés aux rapports sexuels non souhaités. Plus spécifiquement, notre étude vise à : 1) A partir des approches basées sur les processus psychosociaux de l’autonomisation qui définissent l’agentivité comme la capacité à définir des choix et à agir à conséquence, construire une mesure de l’autonomie reproductive qui comprend d’une part la motivation (la capacité à définir des objectifs reproductifs) et l’auto-efficacité (la capacité à les mettre en oeuvre) ; 2) Ensuite, utiliser cette mesure pour voir comment l’autonomie des jeunes femmes burkinabè influence leur santé reproductive notamment l’utilisation de la contraception moderne et la réduction des risques liés aux rapports sexuels non souhaités ; 3) Enfin, explorer en plus des attitudes individuelles, les facteurs contextuels notamment les normes dans la communauté qui influencent les dynamiques ou trajectoires de l’autonomie reproductive des jeunes femmes au Burkina Faso. Les résultats de nos analyses sont présentés sous forme de trois articles scientifiques, qui se sont appuyés sur les données de la plateforme de recherche Performance Monitoring for Action (PMA) collectées entre 2019 et 2021 au Burkina Faso. Les résultats du premier article montrent que chacune des sous-dimensions de notre mesure présente les caractéristiques psychométriques requises pour être utilisée dans le contexte du Burkina Faso afin de mesurer l’autonomie reproductive des femmes. Aussi, nos résultats suggèrent que la sous-dimension de la motivation dans chacun des domaines de l’agentivité reproductive constitue le moteur du pouvoir décisionnel des femmes en SR. Mieux encore, la sous-dimension de la motivation dans le domaine de la contraception avait l’association la plus prononcée avec les comportements reproductifs par rapport aux autres sous-dimensions. Elle influence aussi bien les comportements contraceptifs que ceux liés à la sexualité. Dans le deuxième article, nos résultats montrent que bien que la force de l’association soit différente dans le temps, chacune des sous-dimension de notre mesure était positivement associée aux résultats de SR des jeunes femmes au Burkina Faso. De plus, tout comme dans le premier article, nos résultats ont confirmé une influence plus importante de la sous-dimension motivation par rapport à l’auto-efficacité dans chaque domaine de l’agentivité reproductive. Nos résultats ont aussi montré que le statut matrimonial reste un important facteur de l’expression de l’autonomie des jeunes femmes tendant à la renforcer ou au contraire à la réduire selon le domaine de l’agentivité reproductive. Aussi, à travers les données transversales et longitudinales, nos résultats ont davantage mis en exergue l’importante influence de la sous-dimension motivation contraceptive sur la SR des jeunes femmes dans le temps. Montrant notamment que d’une année à l’autre, les jeunes femmes qui ont maintenu une trajectoire positive de motivation dans le domaine de la contraception, avaient plus de chances d’exercer leurs droits reproductifs. Dans le troisième article, les différents modèles explicatifs utilisés ont montré une faible influence des normes dans la communauté, et au contraire une importante influence des attitudes individuelles sur les dynamiques ou trajectoires de l’agentivité reproductive. On note une exception : les dynamiques dans la sous-dimension motivation contraceptive étaient influencées par la norme en lien avec les perceptions autour de la fécondité. Cette thèse à travers ces résultats contribue à éclairer notre compréhension des liens complexes qui existent entre l’autonomisation des jeunes femmes et leur SR en montrant la nécessité de la prise en compte d’une part de la nature multidimensionnelle et contextuelle de l’autonomisation et d’autre part de la situation matrimoniale des jeunes femmes lorsque l’on veut appréhender ces liens. A travers également la validation de cette mesure multidimensionnelle, nos résultats permettent de disposer d’un instrument pour le suivi des progrès réalisés dans le domaine de l’autonomie reproductive des femmes au Burkina Faso. Enfin, les résultats montrent que les initiatives visant à favoriser l’autonomie reproductive des jeunes femmes doivent entreprendre des actions visant à changer des normes favorables pour l’instant seulement à la fécondité élevée et à promouvoir des attitudes favorables à la SR, tout en prenant en compte le statut matrimonial des jeunes femmes dans la conception des interventions.
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