Implémentation de l’autotest de dépistage du Virus de l’Immunodéficience Humaine en République Démocratique du Congo
Résumé
Introduction. Le dépistage de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) demeure lacunaire en République Démocratique du Congo (RDC) car la stigmatisation, la discrimination et l’absence de confidentialité constituent des obstacles majeurs à l’accès aux systèmes traditionnels de dépistage. L’autotest VIH est une innovation ayant le potentiel de contourner ces obstacles, car il offre un moyen discret, pratique et habilitant de faire le test. L’objectif de ce travail était d’analyser l’implémentation de l’autotest VIH en termes d’acceptabilité, de praticabilité et de performances analytiques chez des utilisateurs profanes en vue de contribuer à la réduction de la transmission du VIH en RDC. Matériel et méthodes. Cette enquête multicentrique a été menée dans quatre villes de la RDC (Kinshasa, Kisangani, Kindu et Bunia) de 2016 à 2020. L’acceptabilité a été opérationnellement définie comme le consentement à utiliser l’autotest VIH fourni. La praticabilité a été définie par la réussite de la manipulation de l’autotest et l’interprétation correcte des résultats du test. Les performances analytiques consistaient à calculer la sensibilité (Se) et la spécificité (Sp) des kits d’autotest VIH. L’autotest sanguin Exacto HIV Test (Biosynex, France) et l’autotest à fluide gingival OraQuick HIV Self-test (OraSure, Etats-Unis) ont été utilisés dans cette étude. Résultats. Dans l’ensemble, l’autotest VIH était associé à un niveau très élevée (supérieure à 90%) d’acceptabilité. Les niveaux de réussite de la manipulation de l’autotest VIH étaient élevés (97 % à 99,8 %) et similaires pour les différents types d’autotest (sanguin : 97,0 % à 99,8 % ; à fluide gingival : 99,8 %) et les différentes approches de dispensation de l’autotest (directement assistée : 93,2 % à 99,8 % ; non-assistée : 93,2 %). Les niveaux d’interprétation correcte des résultats ont été généralement élevés (80,2 % à 95,1%). Cependant, les erreurs d’interprétation des résultats ont été majoritairement observées devant les résultats invalides, lors de l’utilisation de l’autotest VIH non-assisté, et chez les utilisateurs ayant un faible niveau éducationnel. Enfin, la sensibilité et la spécificité de l’autotest sanguin (Se : 99,6 % ; Sp : 100%) et de l’autotest à fluide gingival (Se : 99,2 % et Sp : 98,1 %) étaient élevées et similaires. Conclusion. Notre étude a démontré que l’autotest VIH est acceptable et pratique avec des niveaux élevés et satisfaisants de sensibilité et de spécificité chez les utilisateurs profanes en RDC. Pris ensemble, l’autotest VIH est une option utilisable qui pourrait être implémentée en RDC pour accroitre l’accès au dépistage du VIH.
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