Fenêtres d'opportunité anthropologiques des politiques biosécuritaires en temps d'épidémie: une étude des rites funéraires senoufo de Côte d'Ivoire
Résumé
La mise en œuvre des politiques de biosécurisation des rites funéraires en temps d’épidémie se déroule souvent dans une ambiance délétère. Face à la complexité, des anthropologues sont sollicités pour appuyer les équipes d’intervention bio-médicale et les humanitaires. Or, généralement, ceux-ci n’ont ni l’expérience ni la formation requise pour agir en situation d’urgence. En parallèle, les institutions de santé globale incitent les États à se préparer aux épidémies, sans toutefois définir les dimensions sociales. La présente thèse sur les rites funéraires s’inscrit dans cette dynamique de la préparation et des réponses aux épidémies. Elle a pour objectif d’analyser les risques sanitaires imputables aux pratiques funéraires en vue de rechercher des cadres de compromis entre impératifs funéraires et exigences de santé publique pour favoriser la mise œuvre des politiques de réponses aux épidémies. Cette recherche de type qualitatif est basée sur la démarche de la théorisation ancrée. Le corpus est constitué de vingt-six (26) observations combinées avec des prises de vue, des discussions occasionnelles, et trente (30) entretiens. Ces données ont été renforcées par la recension de documents et la recherche bibliographique. Les résultats montrent que le réaménagement des rites funéraires, au gré du risque sanitaire, met en cause une diversité d’enjeux qui constituent des risques socio-culturels. L’analyse des occasions de contact, sur la base des savoir épidémiologiques, montre que tous les rites funéraires n’impliquent pas de contacts avec les cadavres. Par ailleurs, les politiques de réponses doivent tenir compte de la diversité des institutions sociales et de leurs logiques funéraires contradictoires. En revanche, il existe des contre-rites adaptables aux cadavres contagieux. La variabilité et la plasticité, ainsi que les entités nosologiques populaires liées à la manipulation des cadavres offrent des fenêtres d’opportunité permettant de négocier les mesures de biosécurité et de co-construire les prises de décisions avec les parties prenantes. Cette recherche montre que ceci impose une approche par les impératifs funéraires : rechercher les interdits, les obligations et les permissions, selon les types de mort, les changements funéraires et les formes d’adaptation pour mettre au jour des champs de possibles aménagements en temps d’épidémie. L’opérationnalisation de ces savoirs socio-anthropologiques nécessite la promotion d’une anthropologie des épidémies ayant une culture de l’action et privilégiant l’approche systémique de la co-construction.
Citer ce document
Accès au document
Voir sur le dépôt sourceCe document est hébergé sur son dépôt institutionnel d'origine.
Auteur(s)
Statistiques
Consultations : 2
Téléchargements : 0