Mobilité quotidienne, politiques publiques de transport et informalité utile dans les périphéries urbaines de Dakar
Résumé
Les périphéries dakaroises, qui concentrent 64% de la population de l’agglomération en 2015, sont encore à cette date sous la suprématie des transports informels qui assurent 59% de la mobilité de proximité. Malgré les politiques de transport qui se succèdent depuis plus de 20 ans, le transport formel y est encore remorqué en 2020 par les informels qui assurent 68% du 1e mode motorisé pour les déplacements constitués d’une combinaison modale formel/informel. La géographie de l’informalité, qui a été reconfigurée par la diffusion spatiale d’un renouvellement inattendu de l’informalité et la co-production de nouveaux espaces informels par l’institutionnel, montre que la conception du rapport informalité du transport-politiques publiques, axée sur l’exclusion, ne correspond plus aux réalités spatiales actuelles. Afin de repenser ce rapport désuet qui continue d’orienter les politiques publiques, nous avons introduit le concept d’informalité utile dans cette thèse de géographie. Inspiré des théories sur les normes pratiques, le concept a pour but de caractériser les usages de sa dimension utilité par la pluralité des acteurs en interaction dans l’espace de transport. L’informalité utile construite ici permet d’expliciter comment les acteurs arrivent à maintenir conjointement une réelle gouvernance pragmatique du transport dans les espaces où l’officiel est déficitaire. Précisé pour éprouver sa pertinence, le concept est opératoire pour repérer les stratégies et les logiques d’acteurs qui se chevauchent dans l’espace urbain pour apporter des solutions autres que celles formelles. Cette thèse expose la perspective d’une nouvelle approche pragmatique des politiques publiques de transport dans une ville du Sud comme Dakar, en privilégiant la dimension spatiale des normes pratiques, témoins déterminants de l’utilité de l’informalité dans l’accès à la mobilité en périphérie. Elle privilégie l’entrée par un regard empirique, avec une approche compréhensive des réalités spatiales et une description des processus informels. Elle s’appuie par la suite sur des enquêtes quantitatives et qualitatives pour apporter de nouveaux éclairages et soutenir nos postulats de recherche sur l’utilité de l’informalité. L’analyse des résultats a montré que l’informalité traverse pleinement l’espace et reste indissociable des pratiques régulatrices de l’État. Elle devient ainsi une clé de lecture transversale qui pose les jalons d’une gouvernance de l’informalité revisitée et de politiques publiques de transport repensées. Ces dernières gagneraient à apprendre de la nouvelle géographie de l’informalité pour repenser l’action publique de transport dans les villes des Suds comme Dakar.
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