La question de l'Humanisme à la lumière de l'œuvre de Gilbert Simondon
Résumé
La question centrale qui guide et fait l’unité du système philosophique de l’individuation et de la technique de Gilbert Simondon est celle principielle de la genèse de toutes réalités, qu’elles soient physiques, biologiques ou psycho-sociales. C’est pourquoi l’encyclopédisme génétique devait être en son fond une critique acérée de la philosophie telle qu’elle se faisait depuis lors, c’est-à-dire de la tradition substantialiste de la philosophie occidentale jusqu’à son pendant hylémorphiste. Le nouveau dispositif de la philosophie devait bien aussi être, selon les vues de Simondon, une critique des postures philosophiques propres à la psychologie de la forme et à la cybernétique. Le défaut commun que Simondon voulait ainsi récuser dans ces différents courants de pensée était leur proximité inavouée avec une anthropologie exclusive, qui, non seulement disait le propre de l’homme, en tenant hors de la culture humaine les autres espèces, mais qui paradoxalement, tenait hors de cette même culture une part importante de l’homme composée par le système de ce qu’il produit et qui constitue le monde des objets techniques. La perspective d’une interprétation génétique généralisée avait le don vertueux de souligner le fond préindividuel d’où provenaient toutes les réalités, soulignant ainsi la profondeur des relations entre les espèces sans plus faire recours aux arguments de type substantiel. Une telle perspective s’accompagne d’enjeux anthropologiques forts, invitant à réviser le sens même de la notion d’humanisme. Il s’est posé le problème de la nature d’un tel humanisme qui, à travers le prisme du système philosophique de l’individuation et de la technique, ne pouvait plus être ce qu’il était jadis, c’est-à-dire le propre d’un être insulaire. Simondon a ainsi proposé de penser l’humanisme comme une doctrine de l’homme péninsulaire, entendu au fond comme une doctrine non seulement de l’homme, mais aussi de l’autre que l’homme, d’une part ; et comme une doctrine qui ne pouvait pas être définie une fois pour toutes, chaque époque devant découvrir son humanisme en l’orientant visiblement vers le danger principal d’aliénation, d’autre part. Il faisait ainsi de l’humanisme une doctrine inclusive qui défend également les intérêts de l’homme, de la nature et donc du vivant en général et des objets techniques en même temps qu’une doctrine régionale. Seulement, une telle approche de l’humanisme ne dévoie-t-elle pas cette notion telle que définie par ses géniteurs classiques ? Simondon milite-t-il vraiment pour la promotion de l’homme lorsqu’il le jette en pâture à l’eugénisme anthropotechnique contemporain ? Sa relativisation de l’humanisme ne l’inscrit-il pas d’emblée dans cette doctrine anti-humaniste qu’est le postmodernisme ? Nous avons tenté de démêler l’écheveau d’un tel système de questionnement à travers l’emploi d’une méthode génético-historique et critique qui nous a permis dans la première partie, de préciser les éléments génésiques et historiques qui ont servi de levier à l’édification de la pensée simondonienne de l’individuation et de la technique, et partant à la structuration de son « humanisme ». La seconde partie nous a permis quant à elle de mettre en exergue l’offre théorique simondonienne d’un « humanisme » naturaliste et au final technologique ou encyclopédique. La troisième partie nous a finalement permis de remettre en débat la thèse simondonienne qui à notre sens charriait un anti-humanisme en même temps qu’elle était assujettie au postmodernisme.
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